Ethereum : le maillon calcul de la chaîne de blocs

31st October 2017
Posted By : Alice Matthews
Ethereum : le maillon calcul de la chaîne de blocs

Le Bitcoin est la devise virtuelle à l’origine de l’engouement pour la technologie de chaîne de blocs (« blockchain »). Aujourd’hui, un nouveau concept baptisé Ethereum promet de bouleverser encore davantage le monde numérique. Au lieu de se concentrer uniquement sur le paiement, Ethereum forme un réseau de traitement distribué permettant la réalisation des calculs au niveau de la chaîne de blocs.

Auteur : Mark Patrick, Mouser Electronics

Cette caractéristique élargit sensiblement la portée de la technologie, en permettant à un nombre sans précédent d’applications de bénéficier de la décentralisation, de la transparence et de l’authentification inhérentes à la chaîne de blocs. Une approche qui n’est pas sans susciter la controverse.

La chaîne de blocs
À l’heure actuelle, la devise Bitcoin et le concept de chaîne de blocs sont des notions plus ou moins familières pour la majorité d’entre nous. À l’aide d’un réseau poste à poste (P2P) décentralisé, le Bitcoin permet de distribuer une copie du registre de toutes les transactions du réseau à chaque nœud hébergé sur ce dernier. Ces transactions sont publiées toutes les 10 à 25 minutes sous forme de « bloc » (ou ensemble de transactions). Chaque bloc contient non seulement ses propres transactions, mais également un hachage cryptographique du bloc précédent, et donc, toutes les transactions réalisées jusqu’au bloc en cours.

Ce modèle récursif est connu sous le nom de chaîne de blocs, car chaque bloc est lié au précédent. Un principe simple qui révèle une technologie hautement efficace : grâce à sa nature distribuée, ainsi qu’au hachage cryptographique intégré à chaque bloc, il est quasiment impossible de créer de fausses transactions ou de les altérer une fois qu’elles ont été encodées.

Si le Bitcoin a été conçu comme une simple devise numérique, le modèle de chaîne de blocs sur lequel il repose offre en revanche des avantages pour bien d’autres applications. En effet, sa méthode d’authentification distribuée et décentralisée traite efficacement de nombreux autres cas d’utilisation couvrant une multitude de secteurs, dont la finance, l’immobilier, la logistique ou encore la fabrication. Depuis l’invention du Bitcoin en 2009, une myriade d’imitations ont émergé, dont bon nombre visaient à étendre les capacités de la chaîne de blocs pour servir d’autres industries. Néanmoins, aucune n’est parvenue à égaler les performances d’Ethereum.

Au-delà du Bitcoin
Alors que le Bitcoin exploite la chaîne de blocs pour servir une devise numérique, Ethereum l’utilise quant à lui pour gérer des applications distribuées. Au lieu de stocker des copies d’un registre, les nœuds du réseau Ethereum stockent du code. Chaque nœud d’Ethereum exécute une machine virtuelle Turing-complète capable de traiter des contrats intelligents (« smart contracts »)et des applications distribuées. Ces contrats et applications sont validés via la chaîne de blocs, ce qui permet d’en vérifier l’authenticité sans avoir recours à une autorité centrale. Cette approche permet non seulement de protéger le code de toute altération, mais également de garantir la haute disponibilité constante de l’application ou du contrat.

Étant donné la nature distribuée de la plateforme Ethereum, le code exécuté doit être aussi simple et rationalisé que possible, afin d’éviter tout encombrement du réseau. Ethereum favorise cette approche en imposant l’utilisation de jetons Ethereum pour exécuter le code. Baptisés « ether », ces jetons ont un coût en devise réelle et sont nécessaires à l’exécution de calculs ou de transactions sur le réseau. En raison de sa valeur tangible, l’ether est également utilisé comme devise numérique interne sur le réseau Ethereum.

Applications distribuées
Les applications d’Ethereum sont extrêmement variées et toujours à l’étude. À l’instar du Bitcoin, Ethereum peut faire office de système monétaire virtuel, mais il est principalement utilisé en tant que plateforme de développement d’applications sur la chaîne de blocs. À ce jour, il a été exploité pour créer des jetons numériques et fournir des services de dénomination décentralisés, ou encore comme plateforme de prestation de services, système de financement communautaire, etc.

Jetons numériques – L’application la plus simple et la plus évidente d’Ethereum reste sans doute de créer d’autres devises et jetons numériques. Au lieu de créer une nouvelle chaîne de blocs, les nouvelles crypto-devises peuvent exploiter celle d’Ethereum, simplifiant et accélérant ainsi considérablement la création de nouvelles monnaies virtuelles. Celles-ci peuvent représenter des actifs physiques, tels que DigixDAO, une devise numérique étalonnée sur l’or, ou encore être utilisées pour figurer des actifs intangibles, tels que le Basic Attention Token, représentant une unité d’attention fondamentale pour le systèmeBAT, une plateforme de publicité numérique reposant sur la chaîne de blocs.

Contrats intelligents – Outre la création de devises numériques, la plateforme Ethereum peut également être utilisée pour établir et exécuter des contrats intelligents : rédigés en code, ces derniers permettent le déclenchement d’actions lorsque certaines exigences sont satisfaites. Ces contrats réduisent – voire éliminent – le besoin d’autorité centrale pour contrôler et valider les transactions juridiques ou financières. Le financement communautaire est un exemple d’application caractéristique des contrats intelligents. Jusqu’à aujourd’hui, les initiatives de ce type ont été mises en œuvre via des plateformes centralisées, telles que Kickstarter et IndieGogo. La plateforme Ethereum permet, quant à elle, d’automatiser ce processus. Les partisans d’un projet, tel qu’un nouveau casque de réalité virtuelle, peuvent ainsi envoyer à une adresse Ethereum leurs contributions financières, qui, si elles atteignent un certain montant (c.-à-d. l’objectif de financement minimum du projet), sont ensuite transférées sur le compte Ethereum de son fondateur. Dans le cas contraire, les fonds reviennent simplement aux mécènes. Le contrat étant automatisé, aucun tiers n’est impliqué, réduisant ainsi les frais associés. En outre, puisqu’il se trouve sur la chaîne de blocs, celui-ci est extrêmement difficile – voire impossible – à modifier, et son authenticité peut être validée par toutes les parties prenantes. Cet exemple simple illustre clairement ce cas d’utilisation, mais le potentiel des contrats intelligents s’étend bien au-delà du financement communautaire, avec des implications majeures dans les secteurs juridique, bancaire, immobilier et de l’expédition.

Omniprésence de la chaîne de blocs ?
La chaîne de blocs n’est pas une technologie universelle : son mode de traitement est radicalement lent, du moins avec Ethereum, et réaliser des calculs implique un coût en devise réelle. Ainsi, seuls les aspects d’une application tirant pleinement parti du calcul etde l’authentification décentralisés doivent l’exploiter. Les avantages de cette nouvelle technologie sont toutefois évidents, et grâce à Ethereum, elle est plus simple à utiliser que jamais. Ainsi, si le Bitcoin a initié la révolution de la chaîne de blocs, Ethereum pourrait bien être la plateforme qui mettra son plein potentiel au service des masses.

Le scandale Ethereum
Les fondateurs d’Ethereum en dépeignent un portrait utopiste et attractif illustrant un système performant, décentralisé et démocratisé reposant sur une solide base de code, totalement protégée de partialité propre à l’intervention humaine. Cependant, sa crédibilité a d’ores et déjà été remise en cause. L’été dernier, le plus vaste contrat intelligent (ou plus précisément un ensemble de contrats intelligents corrélés) exécuté sur Ethereum à ce jour (appelé DAO) a été compromis. La DAO avait levé la modique somme de 150 millions de dollars en fonds de développement d’application, mais souffrait d’une structure déficiente. Un hacker est ainsi parvenu à s’engouffrer dans la brèche et à subtiliser 50 millions de dollars. Bien qu’il ne soit pas imputable à une vulnérabilité intrinsèque d’Ethereum, mais simplement au codage inapproprié des contrats intelligents DAO, ce revers a néanmoins donné lieu à un certain nombre de mesures sécuritaires, ainsi qu’à de vifs débats.

Les fondateurs d’Ethereum ont développé une mise à jour dite « hard fork » du code, visant à renforcer la sécurité de la plateforme, à empêcher le piratage ultérieur de tout contrat et à récupérer les fonds dérobés : et celle-ci n’a pas manqué de susciter une vive controverse. Tous les actionnaires devaient être soumis à un vote pour décider de poursuivre ou non avec la version mise à jour d’Ethereum (à noter que la procédure de vote présentait néanmoins quelques irrégularités : les actionnaires ne disposant que d’un temps limité pour voter et la mise à jour encourageant sensiblement un scrutin en faveur du hard fork). Cette problématique a entraîné une scission entre ceux convaincus du bien-fondé de la mise à jour (qui conserva le nom d’Ethereum) et ceux préférant rester fidèles aux principes initiaux de la plateforme (rebaptisée Ethereum Classic). Même si nombre d’entre eux ont reconnu la nécessité de cette mesure pour prévenir l’effondrement de la crypto-devise, d’autres ont souligné sa rupture avec les principes fondamentaux sur lesquels Ethereum a été érigé. Les membres clés de la communauté Ethereum (dont bon nombre avaient injecté des fonds dans la DAO, et étaient donc motivés par des intérêts privés) ont exercé une influence directe sur Ethereum - enfreignant délibérément la doctrine décentralisée et démocratique qui avait initialement suscité l’engouement du public.

Un an plus tard, la plupart des experts financiers et spécialistes en matière de crypto-devises conviennent du fait que la mise en œuvre du hard fork était une mesure nécessaire dont Ethereum a grandement bénéficié. La valeur de la devise (en dépit de quelques bugs) a connu une saine croissance, alors que son pendant Ethereum Classic a en définitive stagné. Cette solution drastique a néanmoins éveillé une certaine circonspection de la part des actionnaires potentiels. Quelle garantie ont-ils contre la reproduction ultérieure de contingences de cet ordre ? Les actionnaires ont-ils réellement voix au chapitre Ethereum, ou la plateforme est-elle toujours régie par ses fondateurs ? S’il s’agit d’un cas isolé, la confiance en Ethereum se redéveloppera progressivement, mais si les circonstances dictent la mise en œuvre de nouveaux changements, l’engouement pour la plateforme deviendra-t-il un phénomène ….éthéré ? Seul l’avenir nous le dira.


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